Le tir à l’arc international a fait son retour post-pandémique à Antalya, mais avec quel succès?

7 octobre 2020
Antalya, Turkey
Antalya a accueilli début d’octobre le premier tournoi international organisé depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Les six derniers mois auraient dû être chargés en compétitions, avec en point d’orgue les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Mais au lieu de cela, il y a eu le confinement et la distanciation sociale, en attendant patiemment que le tir à l’arc international ne revienne vers une situation proche de la normale.

La pandémie de cette année a sans aucun doute été terrible, pour beaucoup de gens et à bien des égards, et ce n’est pas encore terminé.

Alors que le monde s’adapte à la réalité d’une vie professionnelle avec le COVID-19, le tir à l’arc doit aussi s’adapter à cette réalité, et le sport a fait un grand pas dans cette direction avec l’organisation de son premier événement international depuis l’interruption des compétitions en mars.

Antalya a accueilli 107 archers de 13 pays pour un tournoi de classement mondial de trois jours, du 2 au 4 octobre 2020.

C’est un petit nombre comparé aux tournois internationaux d’avant la pandémie. Mais c’était aussi un nombre gérable pour un événement qui a testé de nouveaux protocoles afinn de protéger le bien-être de tous les participants.

Andrea Marcos, Lukasz Przybylski, Magdalena Smialkowska et Artem Makhnenko ont remporté les titres individuels, ajoutant ainsi quelques honorables points à leur classement mondial. D’un point de vue purement sportif, des flèches ont été tirées et des médailles ont été attribuées.

Mais le succès d’Antalya devra se mesurer sur bien plus que cela.

protocoles sanitaires

Les organisateurs du tournoi d’Antalya ont suivi les directives locales et ont demandé à tous les archers et entraîneurs de porter des masques dans les lieux publics lorsqu’ils n’étaient pas sur le pas de tir et de respecter une distance sociale de 1,5 mètre.

Cela signifie que les athlètes portaient des masques de protection lors de la notation des scores, pendant leurs déplacements ainsi qu’à l’hôtel.

“Je pense que les mesures du COVID-19 vont rester avec nous pendant un certain temps,” a déclaré Marcos, lauréate de l’épreuve poulies féminine. “Nous allons nous habituer à porter un masque en compétition. Au final, c’est pour le bien-être de tous, et c’est quelque chose que nous devons respecter.”

Le tir à l’arc n’est pas un sport qui nécessite un contact physique. La distanciation sociale y est donc inhérente à bien des égards.

Mais normalement, quatre archers tirent sur une même cible lors des qualifications, ce qui signifie qu’un peu moins d’un mètre sépare les tireurs sur la ligne, et des petits groupes se forment à la cibles pour le marquage des scores.

La différence frappante à Antalya était que chaque archer avait sa propre cible.

“En compétition, les archers ont des comportements standards auxquels ils sont habitués, mais ici, c’était complètement différent,” a expliqué l’entraîneur en chef turc Goktug Ergin. “Toutes les cibles étaient visibles pour tous les archers. Ils pouvaient se concentrer uniquement sur leurs flèches, ce qui les rend un peu plus nerveux.”

En raison de l’espace supplémentaire requis, 60 cibles individuelles au maximum ont été utilisées en même temps pendant chaque portion de l’événement.

Pour une grande installation de tir à l’arc de la taille d’Antalya, cela ne pose pas de problème. Mais cela signifie que d’autres tournois vont probablement devoir limiter le nombre maximum de participants.

“Tant que vous pouvez avoir 64 cibles, vous pouvez faire une compétition internationale avec 200, 250 archers, ce qui est un très bon chiffre dans de telles circonstances,” Goktug d’ajouter.

“La partie difficile est de décider où fixer les limites. Mais si vous avez des règles et un espace appropriés, vous pouvez le faire, car le tir à l’arc n’a pas besoin de contact et vous pouvez garder une distance sociale.”

Trois jours après l’événement, aucun cas de COVID-19 n’a été signalé parmi les participants au tournoi International Antalya Challenge.

Voyages

Chaque pays gère ses propres frontières et la pandémie de COVID-19 a rendu difficiles les déplacements habituels.

Qu’il s’agisse de l’entrée dans un pays étranger ou de la mise en quarantaine, les exigences en vigueur dans son propre pays et à l’étranger sont en constante évolution. Elles sont imprévisibles et les règles ne sont pas uniformes d’un pays à l’autre.

La Grande-Bretagne faisait partie des équipes présentes à Antalya.

Lorsque l’équipe s’est envolée pour l’événement, il y avait un corridor de transport avec la Turquie, rendant inutile la mise en quarantaine. Mais, le vendredi de la compétition, ce corridor a été supprimé et les membre de l’équipe devront maintenant s’isoler à leur retour chez eux.

Certains pays ont déjà mis en place ou vont mettre en place des programmes spéciaux permettant aux athlètes de se déplacer pour participer à des compétitions internationales.

Les restrictions au niveau des déplacements transfrontaliers vont rendre la logistique des événements plus difficile pendant un certain temps. Mais avec le temps, et alors que de plus en plus de sports vont reprendre, les procédures de voyage à l’étranger pour les équipes devraient devenir plus simples.

Les limitations de voyage ne s’appliquent pas seulement aux athlètes.

Plutôt que d’envoyer des experts sur place, World Archery a travaillé sur de nouveaux services d’assistance à distance, notamment pour la gestion des résultats, les opérations de compétition et la diffusion, qui seront mis à disposition pour d’autres événements à l’avenir.

Cela présente trois grands avantages. Premièrement, nous serons en mesure de mieux aider les tournois qui souhaitent se développer; deuxièmement, il y aura davantage de contenu de tir à l’arc diffusé en direct; et troisièmement, la réduction des déplacements correspond à une réaffirmation de l’engagement de World Archery en faveur de la durabilité.

Programme

À Antalya, le nombre de jours de compétition a été réduit à trois seulement, avec une seule épreuve individuelle organisée. (Il n’y a pas eu de compétitions en double mixte ou par équipes).

Cela a sans doute conduit certaines équipes à prendre la décision de ne pas y assister. Cependant, des équipes comme la Russie ont ajouté un camp d’entraînement au déplacement, ce qui leur a permis de tirer un total de flèches significatif en Turquie.

Le format de compétition de trois jours, avec juste un peu plus d’une heure de diffusion lors des finales (les quatre matchs individuels pour l’or), a été développé dans le cadre d’un effort constant pour accroître la cohérence de la programmation internationale du tir à l’arc.

(Plus tôt cet été, World Archery avait également publié un calendrier de blocs internationaux jusqu’en 2024.)

Ce nouveau modèle a bien fonctionné. Et alors que les épreuves par équipes pourront à nouveau être ajoutées lorsque les restrictions seront levées, grâce à des horaires plus homogènes, il devrait être plus facile d’organiser des tournois de classement mondial, de regarder les compétitions en direct ou suivre les résultats à distance.

Plus de 3,8 millions de personnes ont suivi l’événement sur les médias sociaux, en streaming, les résultats sur le site www.worldarchery.sport ou la diffusion en direct sur la chaîne turque TRT Spor.

Et ensuite?

Le calendrier provisoire des compétitions internationales en 2021, comprenant trois étapes de Coupe du Monde Hyundai de tir à l’arc et les Hyundai World Archery Championships, a déjà été publié.

Les organisateurs peuvent toujours poser leur candidature pour accueillir des tournois de classement mondial selon les nouvelles directives #BacktoArchery, qui s’appliquent jusqu’à la fin du mois de mars prochain. Et une annonce sur les Indoor Archery World Series est attendue prochainement.

Ce qu’Antalya a prouvé, par-dessus tout, c’est que les épreuves de tir à l’arc fonctionnent dans ce monde post-pandémie.

Les tournois doivent être flexibles dans leur organisation et leur programmation, en réduisant au minimum le nombre de personnes sur le terrain et en limitant probablement la participation, tandis que tous ceux qui y participent ont la responsabilité de protéger leurs collègues athlètes et entraîneurs.

Mais comme le tir à l’arc est un sport sans contact, et mis à part lorsque l’on tire, le port d’un masque ne pose pas de problème, il est assez facile de respecter les directives sanitaires et de protéger le bien-être de chacun.

“Nous ne voulions pas provoquer le risque de contamination et inviter trop de gens ici. Cela a pris beaucoup de temps [pour s’organiser] et nous avons simplement suivi toutes les étapes, une par une, pour nous assurer qu’il n’y avait pas de risques,” a déclaré Goktug, l’entraîneur turc.

“Nous avons essayé de garder les archers en sécurité. Tout le temps, les archers sont restés la première priorité, et je pense que nous avons fait du bon travail.”

Tous les athlètes interrogés en Turquie ont fait l’éloge de l’organisation de l’événement et de la chance de concourir à nouveau au niveau élite.

“C’était génial, pour le monde du tir à l’arc et pour revenir à la compétition,” a déclaré l’archère classique italienne Tatiana Andreoli, championne des Jeux Européens en titre.

“J’aimerais vraiment qu’il y ait plus d’événements comme celui-ci pour remplacer les autres événements que nous avons manqués [cette année]. Et j’espère que l’année prochaine fera vraiment le plein de compétitions.”

Le tournoi Antalya International Challenge 2020, premier événement de classement mondial de tir à l’arc depuis le début de la pandémie de COVID-19, s’est déroulé du 2 au 4 octobre 2020.

Remerciements à Saygin Akinci (photos) et Oyku Ergec (réactions).

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